Faut-il travailler avec SILVAE pour élaborer son projet de territoire ?

Une collectivité qui lance un projet de territoire doit articuler des enjeux souvent contradictoires : valoriser la ressource forestière locale, créer de l’emploi, construire des logements et préserver les écosystèmes. SILVAE, acronyme de Société d’Innovation Locale pour une Valeur Ajoutée Équitable, propose un modèle coopératif qui tente de répondre à ces tensions. Mais ce modèle convient-il à toutes les situations territoriales ?

SILVAE et le statut de SCIC : ce que cela change pour une collectivité

SILVAE est structurée sous forme de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC). Ce statut juridique autorise l’entrée au capital de collectivités locales, d’entreprises privées, de salariés et d’associations. Concrètement, une commune ou une intercommunalité peut devenir sociétaire et peser sur les décisions stratégiques.

Pourquoi ce point est-il déterminant ? Parce qu’un projet de territoire suppose un pilotage partagé. Avec une SCIC, la collectivité n’est pas un simple client, elle co-décide. Elle vote en assemblée générale, participe aux orientations sur les volumes de bois transformés, les circuits de distribution ou les investissements industriels.

Ce fonctionnement se distingue d’un prestataire classique en ingénierie territoriale. Un bureau d’études livre un diagnostic puis un plan d’action. La SCIC, elle, engage la collectivité dans la durée : la gouvernance est permanente, pas limitée à la durée d’une mission.

Consultant en aménagement forestier analysant un projet de territoire en extérieur avec des plans sur le terrain

Filière bois locale et construction : l’ancrage territorial concret de SILVAE

Le projet SILVAE est né dans la vallée du Grésivaudan, entre Grenoble et Chambéry, porté par la scierie Bottarel à Goncelin. Le constat de départ était simple : la ressource en bois feuillus de gros diamètre existait localement, mais il manquait les équipements pour la transformer. Résultat, la scierie importait sa matière première.

SILVAE a été conçu pour combler ces maillons manquants dans la chaîne de valeur. Le projet, soutenu par France 2030 et accompagné par l’ADEME, intègre la gestion forestière, la première transformation et la construction hors site sur un même territoire.

Ce que cela implique pour un projet de territoire

Travailler avec SILVAE, c’est miser sur un circuit court du bois, de la forêt au bâtiment. Pour une collectivité qui programme des logements, des équipements publics ou de la rénovation, cela signifie un approvisionnement traçable et local. Le bois utilisé provient de forêts gérées à proximité, transformé dans des outils industriels implantés sur le territoire.

Cette logique de circuit court n’a de sens que si le territoire dispose effectivement d’une ressource forestière suffisante et adaptée. Une commune située dans une zone à faible couvert forestier ou composée essentiellement de résineux n’y trouvera pas le même intérêt.

Participation des habitants et animation territoriale : un critère à ne pas négliger

Élaborer un projet de territoire ne se limite pas à planifier des infrastructures. L’adhésion des habitants, des élus locaux et des acteurs économiques conditionne la réussite. Sur ce point, le cadre réglementaire évolue : un projet de décret appliquant l’article L.121-6 du code forestier a fait l’objet d’une consultation nationale du public, avec dépôt des contributions via un formulaire en ligne du ministère de la Transition écologique.

Cette évolution renforce l’exigence de démarches participatives structurées dans les projets forestiers. Diagnostic partagé, ateliers de concertation, restitution des avis : autant d’étapes que la collectivité doit organiser ou faire organiser.

SILVAE, par sa structure de SCIC, intègre plusieurs catégories de sociétaires. Cette pluralité facilite le dialogue entre acteurs. En revanche, animer une concertation large avec des habitants non sociétaires reste un chantier à part, qui peut nécessiter des compétences complémentaires en ingénierie participative.

Aides au renouvellement forestier : un paramètre financier instable

Un projet de territoire adossé à la filière bois dépend aussi des financements publics disponibles pour le renouvellement forestier. Le dispositif d’aides « France Nation Verte » illustre cette fragilité : le guichet a été temporairement fermé quand les dossiers déposés ont dépassé les crédits disponibles.

Pour une collectivité engagée aux côtés de SILVAE, cela signifie deux choses :

  • La planification financière du projet ne peut pas reposer uniquement sur des aides nationales dont la continuité n’est pas garantie. Il faut prévoir des scénarios alternatifs.
  • La capacité de SILVAE ou de ses partenaires à monter des dossiers de financement complexes (France 2030, ADEME, fonds régionaux) devient un atout réel, à condition d’être vérifiée en amont.
  • Le calendrier du projet doit intégrer les aléas d’ouverture et de fermeture des guichets, ce qui peut rallonger les délais de plusieurs mois.

Deux urbanistes analysant une carte de développement territorial dans un bureau moderne pour un projet de planification

Convention avec l’ONF et collectivités locales : un levier complémentaire

SILVAE a signé une convention avec l’Office National des Forêts pour inclure les collectivités locales dans la gestion de la ressource. Ce partenariat permet d’articuler la gestion des forêts communales avec les besoins de la scierie et les objectifs du projet de territoire.

Vous vous demandez ce que cela change concrètement ? La collectivité participe à la définition des plans de coupe, en lien avec l’ONF et les acteurs de la transformation. Cette coordination évite un travers fréquent : des coupes décidées sans lien avec les besoins locaux de construction ou de rénovation.

Ce mécanisme fonctionne bien quand les forêts communales représentent une part significative du massif. Pour les territoires où la forêt est majoritairement privée, l’impact de la convention ONF sera plus limité et d’autres outils de mobilisation du bois devront être activés.

Quand SILVAE n’est pas la bonne réponse

Travailler avec SILVAE n’a pas de sens dans tous les contextes. Voici les situations où un autre montage sera plus adapté :

  • Le territoire ne dispose pas de ressource forestière locale exploitable en volume suffisant pour justifier un outil de transformation.
  • Le projet de territoire ne comporte pas de volet construction ou rénovation bois : SILVAE est conçu pour connecter la forêt à l’habitat, pas pour de l’ingénierie territoriale généraliste.
  • La collectivité cherche un prestataire ponctuel pour un diagnostic : la SCIC implique un engagement de long terme, pas une mission limitée.
  • Les acteurs locaux de la filière bois sont déjà structurés et n’ont pas besoin d’un nouvel outil coopératif.

Le modèle SILVAE reste pertinent pour les territoires forestiers qui cumulent ressource locale sous-exploitée, besoin en construction bois et volonté politique de structurer une filière courte. L’engagement dans une SCIC est un choix structurant, pas un simple achat de prestation. Avant de s’engager, une collectivité a intérêt à vérifier trois points : la disponibilité réelle de la ressource, la capacité locale de transformation, et la stabilité des financements mobilisables.

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